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 Algérie, Aussaresses... Services Spéciaux Algérie 1955-1957

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Paracolo
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Nombre de messages : 15610
Date d'inscription : 08/03/2009

MessageSujet: Algérie, Aussaresses... Services Spéciaux Algérie 1955-1957   Lun 15 Juil 2013 - 10:54

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Aussaresses, Services Spéciaux Algérie 1955-1957



Comme beaucoup de mes camarades qui ont combattu en Algérie, j'avais décidé, non pas d'oublier, mais de me taire. Mon passé dans les services spéciaux de la République m'y prédisposait. De plus, l'action que j'ai menée en Algérie étant restée secrète, j'aurais pu m'abriter derrière cette protection. Aussi s'étonnera-t-on vraisemblablement qu'après plus de quarante ans, je me sois décidé à apporter mon témoignage sur des faits graves qui touchent aux méthodes utilisées pour combattre le terrorisme, et notamment à l'usage de la torture et aux exécutions sommaires.

Même si je suis conscient que le récit qui va suivre est susceptible de choquer — ceux qui savaient et auraient préféré que je me taise comme ceux qui ne savaient pas et auraient préféré ne jamais savoir —, je crois qu'il est aujourd'hui utile que certaines choses soient dites et, puisque je suis, comme on le verra, lié à des moments importants de la guerre d'Algérie, j'estime qu'il est désormais de mon devoir de les raconter.

Avant de tourner la page, il faut bien que la page soit lue et donc, écrite.

L'action que j'ai menée en Algérie, c'était pour mon pays, croyant bien faire, même si je n'ai pas aimé le faire. Ce que l'on a fait en pensant accomplir son devoir, on ne doit pas le regretter.
De nos jours, il suffit souvent de condamner les autres pour donner au tout-venant des gages de sa moralité. Dans les souvenirs que je rapporte, il ne s'agit que de moi. Je ne cherche pas a me justifier mais simplement à expliquer qu'à partir du moment où une nation demande à son armée de combattre un ennemi qui utilise la terreur pour contraindre la population attentiste à le suivre et provoquer une répression qui mobilisera en sa faveur l'opinion mondiale, il est impossible que cette armée n'ait pas recours à des moyens extrêmes.
Moi qui ne juge personne et surtout pas mes ennemis d'autrefois, je me demande souvent ce qui se passerait aujourd'hui dans une ville française où, chaque jour, des attentats aveugles faucheraient des innocents. N'entendrait-on pas, au bout de quelques semaines, les plus hautes autorités de l'Etat exiger qu'on y mette fin par tous les moyens ?

Que ceux qui liront cet ouvrage se souviennent qu'il est plus aisé de juger hâtivement que de comprendre, plus commode de présenter ses excuses que d'exposer les faits.


Du côté de chez Soual


A la Toussaint de 1954, alors que je me trouvais encore en poste à Paris au Service Action du SDECE* je reçus un ordre d'affectation à la 41e demi-brigade parachutiste de Philippeville, en Algérie.
Le même jour, quelques centaines d'Algériens descendirent de l'Aurès et organisèrent plusieurs dizaines d'attentats spectaculaires, pour appeler à l'insurrection ce qu'il est de bon ton d'appeler depuis le « peuple musulman ». Mais la population, composée de gens principalement soucieux de gagner tranquillement leur vie, ne se reconnaissait guère dans ces groupuscules souvent antagonistes, étrange conglomérat d'intellectuels et de petits truands.
*. Le Service Action du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), devenu aujourd'hui DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), était chargé d'intervenir secrètement et hors du territoire national contre tout ce qui portait atteinte aux intérêts de la République française, éventuellement en commettant des actes de violence contre les biens et les personnes. Le Service Action disposait à cet effet d'une force spéciale, le 11e Choc, que j'ai créée en 1946.

Le gouvernement de Pierre Mendès France, formé cinq mois plus tôt après la chute de Diên Bien Phû, s'était jusque-là montré plutôt complaisant pour les mouvements autonomistes du Maghreb. Il changea d'attitude à la faveur de ces événements et décida, sans doute pour rassurer les colons algériens, de faire preuve de fermeté. Ainsi Pierre Mendès France déclara-t-il le 12 novembre à l'Assemblée nationale que le gouvernement ne transigerait jamais. De son côté, François Mitterrand, le ministre de l'Intérieur chargé des départements français de l'Algérie, considérant que la police était impuissante à maintenir l'ordre républicain, envoya son directeur de cabinet au ministère de la Défense nationale pour y requérir la troupe et déclara sans ambiguïté ce même 12 novembre, devant les députés : «Je n'admets pas de négociations avec les ennemis de la Patrie. La seule négociation, c'est la guerre ! »

C'est ainsi que le conflit fut officialisé, même si l'on ne parla jamais que de maintien de l'ordre. Des renforts furent dirigés vers l'Algérie. Parmi eux, des soldats du contingent.

Mais cette guerre, nous les hommes de l'ombre savions bien qu'elle était commencée depuis longtemps. Le gouvernement dont nous dépendions le savait aussi. Depuis près d'un an, le Service Action du SDECE dont j'avais au printemps assuré la direction par intérim, alors que Jacques Morlanne* se trouvait en mission, commençait à préparer des actions visant à empêcher la rébellion de s'approvisionner en armes.

Si j'étais resté à la « crémerie » (c'est ainsi que nous appelions le SDECE), j'aurais sans doute été amené à prendre part à l'une ou l'autre de ces missions. Mais les circonstances me conduisaient sur le terrain pour participer directement aux opérations militaires.
Morlanne disait qu'il ne s'agissait que d'un bref passage dans une unité régulière de l'armée, destiné à faciliter ma carrière et à favoriser mon avancement. C'était un sentimental, mon chef. De surcroît, il m'avait à la bonne. Pourtant, un jour, j'étais tellement fâché contre lui que j'avais vraiment failli l'étrangler dans son bureau. Pour que je le lâche, il avait dû me demander de penser à ma femme et à mes enfants. Il n'était pas rancunier et depuis, il m'avait désigné comme son dauphin.
* Henri Fille-Lambie, commandant de l'armée de l'air et chef du Service Action.

Affecté depuis le 1er novembre 1954 à la 41e demi- brigade, je dus attendre la fin du mois de janvier 1955 pour embarquer de Marseille sur le bateau qui assurait la liaison avec Philippeville (Aujourd'hui Skikda).
En gravissant les échelons de la passerelle, indifférent aux nuages menaçants qui obscurcissaient le ciel et promettaient une traversée mouvementée, je me sentais serein. Il serait même plus exact de dire que j'étais euphorique.
Malgré mon uniforme, je fredonnais mon air préféré. Le Déserteur de Boris Vian, avec d'autant plus de plaisir qu'il s'agissait d'une chanson interdite à la radio. J'avais trente-six ans et, quoique je n'aime pas beaucoup ce mot, j'étais ce qu'on appelle un agent secret*. Bien entendu, quand on m'interrogeait sur mon métier, je répondais que j'étais capitaine de l'armée française et si l'on insistait, j'ajoutais que j'appartenais à l'infanterie parachutiste. En apparence, je menais d'ailleurs une vie normale et tranquille d'homme marié et père de famille.
*« Chargé de mission du Service Action » me parait une dénomination plus exacte.

Rien dans ma formation n'avait pu laisser supposer un instant que j'étais destiné à de pareilles aventures : ni mon premier prix de version latine au concours général, ni la khâgne du lycée Montaigne de Bordeaux où je fus le condisciple de l'universitaire pacifiste Robert Escarpit, futur chroniqueur au Monde, et d'André Mandouze qui devait s'illustrer comme ténor des intellectuels critiques à l'égard de l'armée française en célébrant la « juste cause » du FLN, ni ma licence de latin-grec-philologie. Tout cela me prédisposait plutôt à une carrière universitaire tranquille. Au pire, j'aurais pu être diplomate.
C'est sans doute ce qu'aurait aimé mon père. Cet historien, ami de Colette, s'était égaré dans la carrière préfectorale et les cabinets ministériels avant de devenir secrétaire général d'un grand journal de province. Mais il me semblait loin maintenant, le temps où je lui récitais par cœur le Pro Archia de Cicéron ou le Don Juan de Lenau *.
*. Le poète autrichien Nikolaus Niembsch von Strehlenau, dit Nikolaus Lenau (1802-1850), est resté l'un de mes auteurs de prédilection.

Depuis, il y avait eu la guerre et, le 27 novembre 1942, j'avais pris l'une des décisions les plus importantes de ma vie : après avoir opté pour la carrière des armes et pour Charles de Gaulle, je m'étais engagé dans les services spéciaux. J'allais ainsi accomplir, dans l'intérêt de mon pays et dans la clandestinité, des actions réprouvées par la morale ordinaire, tombant souvent sous le coup de la loi et, de ce fait, couvertes par le secret : voler, assassiner, vandaliser, terroriser. On m'avait appris à crocheter les serrures, à tuer sans laisser de traces, à mentir, à être indifférent à ma souffrance et à celle des autres, à oublier et à me faire oublier. Tout cela pour la France.
Officiellement donc, ce départ en Algérie n'avait rien à voir avec une nouvelle mission. Mais lorsqu'on a appartenu à ces milieux, on ne leur échappe jamais tout à fait. Quand on a été un homme des services spéciaux, tout ce qu'on accomplit par la suite aura toujours un parfum de mystère. D'autant que j'avais occupé au SDECE ...


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